Le principe
La rupture conventionnelle met fin à un contrat à durée indéterminée d'un commun accord entre l'employeur et le salarié (articles L. 1237-11 et suivants du code du travail). Elle ne peut être imposée par aucune des deux parties : vous pouvez la proposer, l'accepter ou la refuser.
Elle se distingue de la démission, qui prive en principe du chômage, et du licenciement, qui suppose un motif et une procédure. Elle se distingue aussi de la transaction, qui règle un litige, le plus souvent après un licenciement.
La procédure, étape par étape
- Un ou plusieurs entretiens, au cours desquels vous pouvez vous faire assister (article L. 1237-12). C'est là que se négocient le montant, la date de sortie et les conditions annexes.
- La signature de la convention, qui fixe l'indemnité et la date de rupture. Depuis le 1er avril 2022, la demande d'homologation passe obligatoirement par le téléservice de l'administration, sauf impossibilité déclarée par une partie (article D. 1237-3-1). Un exemplaire signé doit vous être remis.
- Le délai de rétractation de quinze jours calendaires, ouvert à chaque partie (article L. 1237-13).
- L'homologation par l'administration, qui dispose de quinze jours ouvrables pour se prononcer ; son silence vaut homologation (article L. 1237-14).
- La rupture du contrat, au plus tôt le lendemain de l'homologation.
Comptez donc au minimum un mois et demi entre la signature et la sortie. Pour un salarié protégé, l'homologation est remplacée par une autorisation de l'inspection du travail.
Le montant : un plancher, puis une négociation
L'indemnité spécifique de rupture conventionnelle ne peut être inférieure à l'indemnité légale de licenciement (article L. 1237-13) : un quart de mois de salaire par année d'ancienneté jusqu'à dix ans, un tiers au-delà. Lorsque votre convention collective prévoit une indemnité de licenciement plus favorable et que l'entreprise relève du champ de l'accord national interprofessionnel du 11 janvier 2008, c'est elle qui sert de plancher (Cass. soc., 5 mai 2021, n° 19-24.650 ; 10 janvier 2024, n° 22-19.165). L'analyse détaillée et le simulateur permettent de l'établir.
Au-delà du plancher, il n'existe aucun barème. Le montant dépend de ce que vous pouvez opposer à l'employeur :
- un motif de licenciement qui serait fragile, ou une procédure qui serait risquée ;
- des heures supplémentaires impayées, un forfait jours non suivi, une rémunération variable mal fixée ;
- un contexte de harcèlement ou de discrimination ;
- une clause de non-concurrence, dont la levée ou la contrepartie se négocie ;
- l'intérêt de l'entreprise à une sortie rapide et discrète.
Chacun de ces leviers se documente et se chiffre. Aucun résultat ne peut être garanti, mais une demande argumentée pèse toujours davantage qu'une demande de principe.
Chômage : deux règles à anticiper
La rupture conventionnelle ouvre droit à l'assurance chômage. Deux points doivent cependant entrer dans la négociation :
- Le différé d'indemnisation. La part de l'indemnité qui dépasse le minimum légal retarde le premier versement, dans la limite de 150 jours, et les congés payés réglés à la sortie s'y ajoutent.
- La durée maximale. Depuis le 1er septembre 2026, la durée d'indemnisation après une rupture conventionnelle est plafonnée à 15 mois avant 55 ans, et à 20,5 mois au-delà. Après un licenciement, elle peut atteindre 18 mois, 22,5 mois ou 27 mois selon l'âge.
Le simulateur chômage estime ces effets selon votre situation. Ils peuvent justifier de demander un montant plus élevé, ou d'envisager un autre cadre de sortie.
Préparer la négociation
- Établir le plancher : ancienneté exacte, salaire de référence, convention collective applicable.
- Documenter les leviers : relevés d'horaires, objectifs de rémunération variable, échanges écrits, éléments médicaux le cas échéant.
- Fixer vos priorités : montant, date de sortie, levée de la clause de non-concurrence, maintien de la mutuelle, attestation ou référence.
- Mesurer l'après : différé et durée du chômage, fiscalité de l'indemnité, projet professionnel.
Une négociation bien préparée se conduit en peu d'échanges, par écrit ou lors des entretiens, avec des demandes chiffrées et justifiées. C'est aussi ce qui permet de savoir quand accepter.
Arrêt maladie, harcèlement, salarié protégé
Une rupture conventionnelle peut être conclue pendant la suspension du contrat consécutive à un accident du travail ou à une maladie professionnelle, en l'absence de fraude ou de vice du consentement (Cass. soc., 30 septembre 2014, n° 13-16.297). Le contexte de santé doit cependant être pris en compte dans la négociation et le calendrier.
De même, l'existence d'un harcèlement n'affecte pas, à elle seule, la validité de la convention (Cass. soc., 23 janvier 2019, n° 17-21.550). Elle peut en revanche caractériser une violence morale qui vicie le consentement, et justifier l'annulation (Cass. soc., 30 janvier 2013, n° 11-22.332). Dans ce contexte, mieux vaut faire valoir la situation dans la négociation que signer sous la contrainte.
Pour un salarié protégé, la rupture conventionnelle est soumise à l'autorisation de l'inspection du travail (article L. 1237-15), et non à une simple homologation.
Rupture conventionnelle ou licenciement suivi d'une transaction ?
| Rupture conventionnelle | Licenciement et transaction | |
|---|---|---|
| Initiative | Accord des deux parties | Licenciement par l'employeur, puis accord |
| Contestation ultérieure | Recours possible dans les 12 mois | Renonciation à agir sur les points transigés |
| Chômage | Durée plafonnée depuis le 1er septembre 2026 | Durée de droit commun |
| Coût employeur | Contribution de 40 % sur la part exonérée | Pas de contribution spécifique |
Le choix du cadre n'est pas neutre, ni pour vous ni pour l'employeur : il fait partie de la négociation elle-même.
Fiscalité et coût pour l'employeur
Pour le salarié qui n'a pas encore droit à une pension de retraite, l'indemnité est exonérée d'impôt sur le revenu dans certaines limites (article 80 duodecies du code général des impôts). La part exonérée correspond en principe au plus élevé de trois montants : deux fois la rémunération annuelle brute, la moitié de l'indemnité, ou l'indemnité légale ou conventionnelle, dans la limite de six fois le plafond annuel de la sécurité sociale. Elle est exclue des cotisations sociales dans la limite de deux fois ce plafond, et entièrement soumise au-delà de dix fois. Raisonner en net, et non en brut, évite les mauvaises surprises.
Pour l'employeur, la part exonérée supporte depuis 2026 une contribution patronale de 40 % (article L. 137-12 du code de la sécurité sociale). Ce coût pèse sur sa propre comparaison entre rupture conventionnelle et licenciement, et donc sur la négociation.
Sécuriser l'accord
Une rupture conventionnelle peut être annulée si votre consentement a été vicié, par exemple sous la pression, ou si un exemplaire signé ne vous a pas été remis. L'annulation produit alors les effets d'un licenciement sans cause réelle et sérieuse, avec restitution des sommes perçues au titre de la convention (Cass. soc., 30 mai 2018, n° 16-15.273), et ceux d'un licenciement nul pour un salarié protégé. Le recours doit être exercé dans les douze mois suivant l'homologation (article L. 1237-14).
Avant de signer, vérifiez la date de rupture, le montant au regard du plancher, le sort de la clause de non-concurrence, des primes en cours et du compte épargne-temps. Une fois le délai de rétractation expiré, la discussion est close.
Vous êtes employeur ?
Le coût réel d'une rupture conventionnelle, contribution de 40 % comprise, se compare à celui d'un licenciement avant toute proposition. L'analyse côté employeur et le simulateur de coût en donnent une première mesure.
Ces informations générales, à jour au 25 octobre 2026, ne remplacent pas l'examen de votre situation particulière.