Harcèlement moral, harcèlement sexuel
Le harcèlement moral se caractérise par des agissements répétés qui ont pour objet ou pour effet de dégrader les conditions de travail. Cette dégradation doit être susceptible de porter atteinte aux droits et à la dignité du salarié, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel (article L. 1152-1 du code du travail). L'intention de nuire n'est pas exigée.
Le harcèlement sexuel recouvre des propos ou comportements à connotation sexuelle ou sexiste répétés, qui portent atteinte à la dignité ou créent une situation intimidante, hostile ou offensante ; une pression grave unique, exercée dans le but d'obtenir un acte de nature sexuelle, y est assimilée (article L. 1153-1).
Un désaccord ponctuel, une critique du travail ou l'exercice normal du pouvoir de direction n'en relèvent pas. La frontière s'apprécie au regard de l'ensemble des faits.
Comment le prouver
Le salarié n'a pas à prouver le harcèlement lui-même : il présente des éléments de fait qui, pris dans leur ensemble, en laissent supposer l'existence. Il revient alors à l'employeur de démontrer que ses décisions reposent sur des éléments objectifs étrangers à tout harcèlement (article L. 1154-1).
- Les écrits : courriels, messages, comptes rendus, évaluations, consignes contradictoires ou humiliantes.
- Les témoignages de collègues ou d'anciens collègues, sous forme d'attestations.
- Les éléments médicaux : arrêts de travail, certificats, avis du médecin du travail, qui établissent la dégradation de la santé.
- Un relevé des événements, daté et tenu au fur et à mesure, qui donne de la cohérence à l'ensemble.
Un enregistrement réalisé à l'insu de son auteur n'est plus systématiquement écarté. Le juge l'admet s'il est indispensable à l'exercice du droit à la preuve et si l'atteinte aux droits de l'autre partie est strictement proportionnée au but poursuivi (Cass. ass. plén., 22 décembre 2023, n° 20-20.648). Il l'écarte lorsque d'autres éléments suffisaient : c'est un dernier recours. L'analyse sur la preuve détaille ces règles.
Les démarches à engager
- Alerter l'employeur par écrit, en décrivant des faits précis. Il est tenu de prévenir le harcèlement et d'agir lorsqu'il en est informé (articles L. 1152-4, L. 1153-5 et L. 4121-1).
- Consulter le médecin du travail, et votre médecin traitant si votre santé se dégrade.
- Solliciter les représentants du personnel ou le référent harcèlement : le comité social et économique désigne un référent parmi ses membres (article L. 2314-1), et les entreprises d'au moins 250 salariés en désignent un également (article L. 1153-5-1). L'inspection du travail peut aussi être saisie.
- Choisir la suite : obtenir la cessation des agissements, négocier une sortie, demander la résiliation judiciaire du contrat ou prendre acte de sa rupture. Chacune de ces voies a ses conditions et ses risques.
À éviter : démissionner sous le coup de l'épuisement. D'autres voies préservent vos droits, et un premier échange permet de les comparer.
Harcèlement ou discrimination ?
Les deux notions se recoupent souvent, sans se confondre. La discrimination consiste à traiter un salarié moins favorablement en raison d'un critère interdit, comme l'origine, le sexe, l'âge, l'état de santé, la grossesse ou l'activité syndicale (article L. 1132-1). Le harcèlement peut être discriminatoire lorsqu'il est lié à l'un de ces critères.
La preuve obéit à une logique comparable : le salarié présente des éléments laissant supposer la discrimination, et l'employeur doit justifier ses décisions par des éléments objectifs. Le délai pour agir est de cinq ans à compter de la révélation de la discrimination (article L. 1134-5). Le Défenseur des droits peut aussi être saisi.
La protection du salarié
Aucun salarié ne peut être sanctionné, licencié ou faire l'objet d'une mesure discriminatoire pour avoir subi ou refusé de subir un harcèlement, ou pour l'avoir relaté ou en avoir témoigné de bonne foi (articles L. 1152-2 et L. 1153-2 et suivants). Un licenciement intervenu dans ce contexte est nul : le barème ne s'applique pas, et l'indemnité ne peut être inférieure aux salaires des six derniers mois (article L. 1235-3-1).
Le harcèlement est aussi un délit. Le harcèlement moral est puni de deux ans d'emprisonnement et de 30 000 € d'amende (article 222-33-2 du code pénal). Le harcèlement sexuel est puni des mêmes peines, portées à trois ans et 45 000 € en présence de circonstances aggravantes, notamment l'abus d'autorité (article 222-33 du code pénal).
Rester, négocier ou rompre
Selon la gravité de la situation et vos priorités, plusieurs voies existent :
- Obtenir la cessation des agissements en restant dans l'entreprise : alerte écrite, enquête, mesures de protection, éventuellement changement d'affectation.
- Négocier une sortie, rupture conventionnelle ou transaction, en faisant valoir la situation dans le montant. L'existence d'un harcèlement n'invalide pas à elle seule une rupture conventionnelle, mais une signature obtenue sous la contrainte peut être annulée.
- Demander la résiliation judiciaire du contrat au conseil de prud'hommes, en continuant à travailler : si les manquements de l'employeur sont établis, la rupture produit les effets d'un licenciement, nul en cas de harcèlement.
- Prendre acte de la rupture : le contrat prend fin immédiatement, et le juge, saisi directement, statue dans le mois. Si les manquements ne sont pas retenus, la prise d'acte produit les effets d'une démission : c'est la voie la plus risquée.
La réparation et les délais
Le salarié peut obtenir des dommages et intérêts pour le préjudice subi, ainsi que, le cas échéant, la nullité de son licenciement ou la requalification de sa prise d'acte. L'obligation de prévention des risques professionnels est distincte de l'interdiction du harcèlement : l'employeur qui n'agit pas après une alerte peut manquer à son obligation de sécurité, même si le harcèlement n'est finalement pas établi (Cass. soc., 27 novembre 2019, n° 18-10.551).
L'action en réparation se prescrit par cinq ans à compter du dernier agissement dont le salarié a eu connaissance, au plus tard de la fin du contrat (Cass. soc., 19 avril 2023, n° 21-24.051) ; le délai de deux ans applicable à l'exécution du contrat ne la concerne pas. La contestation d'une rupture obéit à des délais plus courts : il est préférable de faire le point sans attendre.
Vous êtes employeur ?
Une dénonciation de harcèlement impose d'agir sans délai : accuser réception, protéger, enquêter, décider. L'analyse dédiée détaille ces obligations, et la page conseil RH l'accompagnement proposé.
Ces informations générales, à jour au 25 octobre 2026, ne remplacent pas l'examen de votre situation particulière.